Comment j'ai...

Comment j’ai… financé ma propre marque de bagagerie

Pour donner vie à une marque qui n’était alors qu’un projet d’étude, Jérôme Griffoul (46 ans) a décidé de diversifier ses sources de financement. Sa vision : la levée de fonds n’est pas un préalable, mais plutôt une étape de croissance.

“Qui voyage loin ménage sa monture”. Jérôme Griffoul connaît la formule. Alors qu’il était encore commercial pour une société d’électricité, le futur entrepreneur était en effet amené à beaucoup voyager pour rencontrer ses clients grands comptes. “Comme le touriste en week-end, j’étais soumis aux problématiques des bagages en cabine et notamment le transport des liquides. Sauf que la poche zippée type sac de congélation ne correspond pas vraiment aux attentes et à l’image que souhaite véhiculer le voyageur d’affaires”. Lorsqu’il reprend un cursus d’école de commerce en formation continue, en vue d’une future promotion promise par son employeur, il doit mener un projet – alors fictif – de création d’entreprise dans le cadre de son mémoire. C’est en toute logique qu’il se positionne sur le secteur de la petite bagagerie. “J’ai étudié le marché, et en parallèle, un très bon ami expert en sûreté aéroportuaire m’a dressé un état des lieux précis des normes”. À la sortie de l’école, coup de théâtre : l’évolution de carrière n’est plus garantie, son employeur lui demande de déménager à Grenoble. Impensable pour lui, le Bordelais. Résultat ? “Nous avons convenu d’une rupture conventionnelle, et je n’ai pas hésité longtemps à lancer dans la vie réelle le produit auquel j’avais réfléchi durant mon cursus”. C’est ainsi que la marque Milan Noir, du nom d’un oiseau migrateur rapide et élégant, sorte d’allégorie du voyageur d’affaires, est née en novembre 2018.

Le financement participatif, mais pas seulement

Si le concept, le business model et le positionnement sont déjà sur papier, reste encore à financer le projet. Pour cela, Jérôme Griffoul opte pour une stratégie simple : ne pas miser sur un seul cheval et multiplier les partenaires. Tout d’abord, il se fait accompagner par le département de la Gironde, à hauteur de 5 000 euros. “Ce n’est pas énorme, mais comme il s’agit d’un prêt d’honneur, cette somme est considérée comme un apport personnel par les banques, ce qui renforce votre crédibilité”, explique-t-il. Toujours dans l’univers des aides publiques, l’entrepreneur obtient également une bourse à la création d’entreprise de sa commune de Villenave-d’Ornon d’un montant de 2 000 euros. Ceci fait, il décroche ensuite 30 000 euros auprès d’une agence bancaire. Pourquoi ce schéma classique, à l’heure où les jeunes entrepreneurs se détournent des prêts traditionnels pour se tourner vers les business angels ? “C’est surtout vrai dans le secteur des startups du numérique, justifie le quadragénaire. Me concernant, j’avais un dossier concret, avec une approche matérielle. Les banques suivent plus facilement”. Ce montant lui permet alors de financer le lancement de son activité, la rémunération d’un expert en stylisme et la fabrication de son premier prototype : une trousse de toilette chic et innovante. C’est seulement une fois cette tâche accomplie qu’il se tourne enfin vers le financement participatif. En mars 2019, sa prévente sur la plateforme Ulule lui rapporte 5 000 euros.

Faire ses preuves avant de lever des fonds

Avec ce pécule amassé, il finance alors un stock et son inscription au concours Lépine, en marge de la célèbre Foire de Paris, à l’issue duquel il récolte deux médailles, synonymes de visibilité. “J’ai ainsi pu tester mon marché concrètement. Ça fait plaisir de constater que l’innovation que vous essayez d’apporter est reconnue”, assure le Bordelais. La preuve : en novembre dernier, son produit phare a fait son entrée dans les rayons de la boutique de l’Assemblée Nationale. Par la suite, il ouvre son capital à un membre de son entourage, qui prend des parts chez Milan Noir contre 10 000 euros. Désormais, afin de doter sa marque d’une vraie politique marketing, d’étendre sa gamme d’articles, de monter une équipe et d’investir de vrais bureaux – ses objectifs pour 2020 – Jérôme Griffoul met le cap sur la fameuse levée de fonds auprès d’investisseurs. “Je vise 150 000 euros”. Un objectif pour lequel il a bon espoir. Après tout, les responsables de fonds d’investissement sont – très souvent – des voyageurs d’affaires expérimentés.

Milan Noir

Création : 2018

Siège social : Villenave-d'Ornon (33)

Fondateur : Jérôme GRIFFOUL

Domaine : Trousses de toilettes pour voyageurs d'affaires fabriquées en France