Questions d’entrepreneur

Dois-je autoriser mes salariés à prolonger leurs voyages d’affaires ?

Prolonger un déplacement professionnel de quelques jours pour faire un peu de tourisme : cette pratique se répand de plus en plus dans les entreprises françaises. Bénéfique d’un point de vue RH, elle implique un peu d'organisation du côté de l’employeur.

« Bleisure ». Depuis quelques années, ce mot-valise est très en vogue dans le monde du voyage d’affaires. Mix de business et leisure (le loisir en VF), il désigne le fait de conjuguer voyage d’ordre professionnel et privé. L’idée générale étant de laisser au personnel mandaté à l’étranger ou en région pour une mission ponctuelle (réunion, négociation, rendez-vous client, etc.) la possibilité de prolonger son séjour à des fins touristiques. Une nouvelle forme de tourisme occasionnel qui se généralise à toute vitesse. D’après une étude publiée par American Express et BVA, le bleisure est ainsi pratiqué au moins une fois par an par 87% des voyageurs d’affaires. “C’est quelque chose qui existe depuis toujours. La différence, c’est qu’il y a 20 ans, c’était une pratique réservée aux chefs d’entreprises ou aux fonctions de top management. Désormais, cela s’étend à l’ensemble des collaborateurs”, note Julien Chambert, fondateur du cabinet CBT Conseil, qui accompagne ses entreprises clientes sur l’optimisation de leurs déplacements professionnels (achats, notes de frais, reporting), et à la tête du blog bleisure.fr.

Une récompense pour le salarié, une économie pour l’entreprise

Plusieurs raisons à cet engouement, notamment le développement des vols low-cost qui a multiplié les voyages effectués par le personnel, “là où le patron prenait en général la responsabilité d’aller lui-même sur le terrain autrefois”. Autre motif : les entreprises envisagent le bleisure comme un moyen de renforcer leur marque employeur. “Les voyages sont source de stress pour le salarié. Les vols se prennent souvent à l’aube, il y a la peur de rater son avion, etc. Laisser un collaborateur passer la soirée ou un week-end sur place en contrepartie est finalement peu coûteux. Du point de vue du bien-être au travail, c’est bien plus efficace que d’installer un baby-foot dans l’open space”, ajoute l’expert. D’autant plus que c’est parfois une bonne affaire financière pour l’entreprise : les vols retour le samedi ou le lundi matin affichent des tarifs généralement bien inférieurs à ceux du vendredi après 16h, très demandés.

Un congé pas comme les autres

Cela dit, lâcher du lest sur la rigidité des déplacements professionnels ne dispense pas de prendre certaines précautions. Si le vol retour et le taxi hôtel/ aéroport restent en général à la charge de l’employeur, les dépenses du salarié en dehors du temps « officiel » de sa mission n’ont pas à être remboursés. Plus largement, le collaborateur reste sous la responsabilité de l’employeur jusqu’à son retour à la maison. Un cas avait fait d’ailleurs jurisprudence en 2017. “Un employé s’était cassé la cheville en voyage d’affaires à 3h du matin. Cela avait bel et bien été qualifié comme accident du travail”, rappelle Julien Chambert. Il convient donc de fixer des règles en amont et d’alerter le collaborateur sur les risques et les bonnes pratiques à adopter en fonction de la destination. “Nous conseillons aux entreprises de fixer un code de conduite, de se procurer les coordonnées de l’hôtel où le collaborateur va résider durant son temps libre, d’avoir un numéro à appeler en cas d’urgence, etc. Mais tout interdire est contre-productif” conclut Julien Chambert, qui conseille également aux PME ayant régulièrement recours au bleisure de s’adjoindre les services d’une société spécialisée dans la gestion des risques.